Rive droite parce qu’en regardant un planisphère, je suis née rive droite de la Méditerranée.
J’ai toujours pensé que la Méditerranée, c’est le berceau de l’humanité.
Je ne sais pas pourquoi. En revanche, je sais que je pense faux.
Mais bon, c’est la mer de mon enfance, c’est la mer de mon Liban, et quoi qu’il en soit, c’est mon berceau à moi.
Mare Nostrum, disaient les Romains.
« Mère » Méditerranée. Je dis. Ugh.
Et le Liban, le berceau de mes rêves.
Mon Liban.
Si insolite, étrange, hétéroclite, jusqu’à l’agressivité parfois. Souvent.
Mais si plein de poésie…
Et c’est le berceau de mes rêves.
Rive droite parce qu’en regardant un planisphère, je suis née rive droite de la ligne de démarcation, stigmate de la guerre du Liban.
Et je dis bien stigmate.
Un stigmate, ça reste quand même une trace. Et la trace, elle est vivante, aujourd’hui plus que jamais.
C’est plus qu’une trace, une cicatrice. J’y crois, pour ne pas voir ce que la réalité me jette à la face (et au cœur) : une blessure qui a du mal à cicatriser.
Rive droite pour expliquer comment, par désespoir, il m’arrive parfois jusqu’aujourd’hui de me dire que l’Etat du Grand Liban, c’est de la connerie !
Puis de retomber en amour devant cette mixité fascinante rive droite-rive gauche, bien propre aux Libanais.
Rive droite parce que c’est mon identité communautaire et idéologique.*
Et que, quoi qu’on en dise, ma culture, mon éducation et même mes rêves, émanent de là.
Rive droite parce que rive gauche ça fait plus artistique, plus Café de Flore ou Les Deux Magots. Et je ne peux pas prétendre être artiste.
Oui, j’aurais aimé faire partie de la rive gauche, déjantée, révoltée, poète.
C’est peut-être pour ça que je passe mon temps au Torino Express.
La rive droite, c’est pour les bourgeois. Mais les bourgeois, j’en fais partie, bon gré, mal gré.
Rive droite, enfin, parce que rive droite.
Et que quand je dérive, je dérive droit.
* Au cours de la guerre civile, il y avait d’une part la droite conservatrice chrétienne, de l’autre les « Forces de la Gauche » القوى اليسارية والاسلامية
12 mai 2008. Le jour où je me suis remise à écrire, à respirer, au moment où, tout autour de moi, ce n'étaient que moribonds et compagnie.
« Ce soir, je vous remercie de vous ».
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