La « naïveté » du Président,
… qui parle d’ « affection » entre le Liban et la Syrie.
Oui, Monsieur le Président, mais trop d’affection vous étouffe, et cela a été prouvé, sans discontinuité au fil des décennies…
Certes, il ne s’agit pas de rester perpétuellement en guerre, ou d’entretenir des liens d’animosité.
Mais l’affection, Monsieur le Président, n’est-ce pas un grand mot ?
« Si le Liban est divisé, instable, troublé, la Syrie également en pâtira », avez-vous clamé (de bonne foi, j’ose le croire).
Mais Monsieur le Président, avez-vous oublié que la Syrie elle-même fomente les troubles internes au Liban ? Qu’elle nourrit la division interlibanaise ? Qu’elle en est le principal bénéficiaire ?
Que faites-vous de toutes ces années où le régime syrien oeuvrait à l’instabilité du Liban ?
Que faites-vous des premières semaines de votre mandat naissant, où la Syrie, par l’intermédiaire de ses alliés locaux, faisait – et fait toujours preuve – d’une imagination vaste et inépuisable pour affaiblir le Liban ?
Vous n’êtes pas né de la dernière pluie, Monsieur le Président.
Nous non plus.
Bon nombre de citoyens avaient mis leurs espoirs en vous, lorsque vous aviez vaincu des groupes extrémistes à Nahr el Bared. Des groupes dirigés, tout le monde le sait, par le régime Baath.
Quoique nous nous soyons posé des questions au sujet de la « fuite » de leurs chefs…
Mais bon, voilà que vous décevez… Tout comme votre prédécesseur…
J’ose croire que ce que vous dites, c’est uniquement par souci diplomatique. Ou naïveté. Parce que la naïveté, il en faut ; le régime syrien ne laisserait pas un homme intelligent, qui s’oppose à ses projets, accéder à la tête de l’Etat libanais…
Je souhaite de toute mon âme que vous soyez (uniquement) naïf, Monsieur le Président.
RIVE DROITE
Rive droite parce qu’en regardant un planisphère, je suis née rive droite de la Méditerranée.
J’ai toujours pensé que la Méditerranée, c’est le berceau de l’humanité.
Je ne sais pas pourquoi. En revanche, je sais que je pense faux.
Mais bon, c’est la mer de mon enfance, c’est la mer de mon Liban, et quoi qu’il en soit, c’est mon berceau à moi.
Mare Nostrum, disaient les Romains.
« Mère » Méditerranée. Je dis. Ugh.
Et le Liban, le berceau de mes rêves.
Mon Liban.
Si insolite, étrange, hétéroclite, jusqu’à l’agressivité parfois. Souvent.
Mais si plein de poésie…
Et c’est le berceau de mes rêves.
Rive droite parce qu’en regardant un planisphère, je suis née rive droite de la ligne de démarcation, stigmate de la guerre du Liban.
Et je dis bien stigmate.
Un stigmate, ça reste quand même une trace. Et la trace, elle est vivante, aujourd’hui plus que jamais.
C’est plus qu’une trace, une cicatrice. J’y crois, pour ne pas voir ce que la réalité me jette à la face (et au cœur) : une blessure qui a du mal à cicatriser.
Rive droite pour expliquer comment, par désespoir, il m’arrive parfois jusqu’aujourd’hui de me dire que l’Etat du Grand Liban, c’est de la connerie !
Puis de retomber en amour devant cette mixité fascinante rive droite-rive gauche, bien propre aux Libanais.
Rive droite parce que c’est mon identité communautaire et idéologique.*
Et que, quoi qu’on en dise, ma culture, mon éducation et même mes rêves, émanent de là.
Rive droite parce que rive gauche ça fait plus artistique, plus Café de Flore ou Les Deux Magots. Et je ne peux pas prétendre être artiste.
Oui, j’aurais aimé faire partie de la rive gauche, déjantée, révoltée, poète.
C’est peut-être pour ça que je passe mon temps au Torino Express.
La rive droite, c’est pour les bourgeois. Mais les bourgeois, j’en fais partie, bon gré, mal gré.
Rive droite, enfin, parce que rive droite.
Et que quand je dérive, je dérive droit.
* Au cours de la guerre civile, il y avait d’une part la droite conservatrice chrétienne, de l’autre les « Forces de la Gauche » القوى اليسارية والاسلامية
12 mai 2008. Le jour où je me suis remise à écrire, à respirer, au moment où, tout autour de moi, ce n'étaient que moribonds et compagnie.
« Ce soir, je vous remercie de vous ».
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